Nom de plume, nom de guerre

Anna Galore est un pseudonyme, c’est de notoriété publique. Pourquoi ai-je voulu en prendre un, il y a de cela quelques années ? Parce que j’ai tardivement eu envie d’écrire et qu’au moment de diffuser mon premier roman, j’ai préféré séparer ma vie personnelle de ma toute nouvelle vie d’auteur. Rien que de très banal, cette pratique est extrêmement courante dans l’histoire non seulement de la littérature (où l’expression « nom de plume » s’est imposée) mais des arts en général.

freddie mercury

Connaissez-vous Neftalí Ricardo Reyes Basoalto ? Eric Arthur Blair ? Georges Moineaux ? Isidore Ducasse ? Louis Farigoule ? Henri Beyle ? Norma Mortensen ? Moische Zakharovich Shagalov ? Nikolaus Nakszyński ? Issur Demsky ? Françoise Dreyfus ? William Buenos ? Véronique Combouilhaud ? Jacky Boufroura ? Mario Girotti ? François Silly ? Maria Kalogeropoùlo ? Farrokh Bulsara ?

Probablement pas, ou du moins pas tous. En revanche, tous sont célèbres par leur pseudonyme – dans le même ordre, Pablo Neruda, George Orwell, Georges Courteline, le comte de Lautréamont, Jules Romains, Stendhal, Marilyn Monroe, Marc Chagall, Klaus Kinski, Kirk Douglas, Anouk Aimée, Jacques Balutin, Véronique Genest, Jacques Villeret, Terence Hill, Gilbert Bécaud, Maria Callas, Freddie Mercury.

Ce n’est qu’un tout petit échantillon, vous pouvez en découvrir des centaines d’autres ici.

jacques villeretDe façon bien plus modeste, je suis exactement dans le même cas que ces illustres exemples. Le nom qui figure sur ma carte d’identité est connu par au plus quelques centaines de personnes alors que mon pseudonyme, lui, est connu de plusieurs millions d’internautes si j’en crois les statistiques de téléchargements de la vingtaines d’ouvrages que je propose en ligne sur mon site web.

L’un des blogueurs les plus suivis en France, Maître Eolas (un avocat dont le vrai nom est inconnu), a souligné un jour le paradoxe du succès d’un pseudonyme et la différence fondamentale qu’il présente avec l’anonymat.

« Tout d’abord, je récuse le terme d’anonymat, qui ne me semble pas adéquat. Je ne suis pas anonyme, j’ai un nom […]. Ce nom est un pseudonyme, un nom de plume, et bien d’autres personnes plus talentueuses que moi ont écrit des œuvres bien plus intéressantes que les miennes sous pseudonyme : Montesquieu, Rabelais, Amantine Dupin [George Sand], mais en aucun cas mes billets ne sont anonymes : ils sont signés, et j’en assume le contenu, erreurs comprises.[…] Car la vérité est terrible pour moi : c’est sous mon vrai nom que je suis anonyme. […] Dès lors, mon pseudonymat, loin de poser problème, est le fondement de mes interventions publiques. Mon véritable nom n’apporterait, de plus, rien au débat. »

marilyn monroeJe pourrais en dire tout autant. Si j’écris sous pseudonyme, ce n’est pas parce que mon vrai nom a une importance, c’est parce qu’il n’en a aucune – alors que mon pseudo, lui, est connu. Et, en aucun cas, je n’écris des lettres anonymes. Toutes mes prises de position sont signées et identifiées en tant que telles.

Aussi, quand j’ai commencé à écrire des articles d’opinion, en particulier sur la corrida, il m’a semblé évident que je devais le faire sous le même pseudo pour bénéficier de sa visibilité, plutôt que d’en choisir un autre ou d’utiliser mon vrai nom.

Et ce faisant, mon nom de plume est devenu un nom de guerre, autre expression couramment employée pour désigner un pseudonyme, qui rappelle que bien des combattants sont entrés dans l’Histoire sous un nom qu’ils s’étaient choisis.

Les plus fameux, que l’on admire leur cause ou pas, sont les révolutionnaires russes (comme Lénine), les résistants de la seconde guerre mondiale qui en ont ensuite fait leur nom officiel (Chaban, Leclerc et, côté allemand car il y en avait aussi, Willy Brandt), les deux figures iconiques du Proche-Orient que sont Yasser Arafat et David Ben Gourion, et pour finir le chef apache Geronimo (qui prit ce pseudo en entendant les Mexicains effrayés invoquer Saint-Jérôme). Je vous laisse le plaisir de retrouver le vrai patronyme de chacun, même s’il n’a en fait aucune importance.

Très belle journée à vous

Les photos de Farrokh Bulsara, Jacky Boufroura et Norma Mortensen proviennent de divers sites web.

10 Replies to “Nom de plume, nom de guerre”

  1. Terrevive

    Je note que les raisons de prendre un pseudonyme sont vraiment multiples et quand le pseudo rayonne, je me demande si l’individu ne se sent-il pas double quelque part? on doit vivre un sentiment étrange.
    C’est amusant de regarder la liste, quelquefois il n’y a qu’une lettre qui change !
    Étonnante cette créativité !

  2. valentine

    C’est amusant ton développement. Pour moi le pseudo c’est quelque chose qui me fascine. Il y a une sorte de jeu là-dedans. Un espace de liberté, j’en suis certaine. Une manière en tout cas d’exploiter les facettes de sa personnalité. On pourrait développer à l’infini, j’adoooore! Masqué, pas masqué? Et lequel des deux avance masqué? ah ah ah

  3. Sampang

    Je suis pour ma part persuadée que le pseudo que l on porte est quelque chose de profond. Ce n est pas par hasard que l on prend tel ou tel pseudo, reprenant un prénom ou le nom d une chose, d un endroit. On se sent bien avec un pseudo parce que justement on l a choisi^^ ( et gling ! 50 euros dans le nourrain ! allo le psy ! )

  4. Anna Galore Post author

    Oui, ça aussi c’est un aspect très intéressant : la recherche d’une identification visuelle là où, en général, quelqu’un qui prend un pseudo ne montre pas son vrai visage – en ce qui me concerne, c’est pour la même raison que de ne pas donner mon vrai nom, autrement dit parce que mon vrai visage n’apporterait rien de plus à ce que j’exprime publiquement.

    Cela est très bien expliqué dans l’article dont j’ai mis le lien un peu plus haut dans mon commentaire précédent. Son auteur est un contributeur de Wikipedia depuis des années. Quand il a commencé, il n’avait que 17 ans et le fait qu’il utilise un pseudo sans visage lui a évité, dit-il, d’avoir des remarques du genre « Vous êtes bien trop jeune pour avoir un avis utile sur tel ou tel sujet ». On n’a évalué ses contributions que pour ce qu’elles étaient et non en fonction de préjugés liés à qui il était, quel âge il avait, est-ce qu’il était un homme ou une femme, est-ce qu’il était riche ou pas, etc.

  5. anti

    Mdrrr ! En lisant cette note, je revoie la scène dans « H2G2, le guide du voyageur galactique » :

    Arthur [affolé] : Qui êtes-vous ?

    ??? : Non non non non non… Mon nom n’a pas la moindre importance. Il faut que vous veniez avec moi.

    Arthur : Arrière !

    ??? : Il se prépare des événements terribles. Vous vous… Vous devez venir avec moi sinon vous pourriez le regretter.
    Saloprielopette

    Arthur : Regretter quoi ?

    ??? : Comment ? Nan nan… Comment… Comment vous appelez vous terrien ?

    Arthur : Dent, Arthur Dent.

    ??? : Vous pourriez le regretter comme le regrettais Dent, Arthur Dent…

    Arthur : Hein ?

    ??? : Il y a une sorte de menace. Vous voyez ? Non…

    Arthur : Nan.

    ??? : Vos amis sont sains et sauf, vous pouvez me croire

    Arthur : Croire un homme qui refuse de dire son nom ?

    Slartibartfast : Heu… Heu… Soit… Je m’appelle… Hé bien je m’appelle… heu Slartibartfast. J’vous avais dit que mon nom n’avait pas la moindre importance.

    Arthur : Très bien. »
    ______________________________
    Pour ce qui est de nos pseudos, je partage les avis exprimés plus haut. Oui, ils ont leur propre vie ce qui nous permet d’exprimer une autre facette de notre personnalité très certainement. On s’y attache aussi. Je me souviens avoir choisi « antillaise » à ma première connexion internet sur un forum en 1999. Après j’en ai essayé d’autres : « Droppy », « Joséphine », etc. mais je suis toujours revenue à « antillaise » qui est devenu par la suite « anti », ce qui me va bien 😉 Je trouve aussi que les vôtres vous siéent à merveille.

  6. Terrevive

    D’ailleurs on pourrait imaginer une rencontre où les personnes se connaîtraient uniquement par le pseudo (comme sur ce blog) et ça ne poserait aucun problème. Ce serait plus facile de se parler ainsi que par le vrai nom que l’on ne connaît pas toujours. Le pseudo identifie quelqu’un pleinement.

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