Les annales du Disque Monde

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J’en parlais encore ce matin dans un commentaire, cette fois, c’est bon, je fais une note dessus : Les annales du Disque Monde de Sir Terry Pratchett.

Le Disque-Monde (titre original : Discworld) est un monde imaginaire médiéval fantastique parodique développé depuis 1983 par l’écrivain britannique Terry Pratchett dans la suite de romans Les Annales du Disque-monde et c’est purement génial ! Le traducteur est aussi à saluer dans cette histoire car la version française est brillantissime ! Toutes les traductions sont l’œuvre de Patrick Couton, qui a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 1998 pour son travail.

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Le Disque-monde est un monde plat et circulaire, complété par l’immense cataracte qui s’écoule de ses bords. Il est soutenu par quatre éléphants (Bérilia, Tubul, Ti-Phon l’Immense et Jérakine), eux-mêmes juchés sur la carapace de la Grande A’Tuin, une gigantesque tortue naviguant lentement dans le cosmos. Une petite lune et un petit soleil orbitent autour du disque. Il est fait mention, dans Le Cinquième Éléphant, de l’existence possible d’un cinquième éléphant. Celui-ci aurait perdu l’équilibre, et après avoir décrit une courte orbite parabolique, il se serait écrasé sur le Disque, morcelant les continents.

Comme le Disque-monde est un disque, les points cardinaux (nord, sud, est et ouest) n’existent pas, et les directions sont donc remplacées par leurs équivalents circulaires : vers le moyeu, vers le bord, sens direct et sens rétrograde, ces deux derniers étant relatifs à la rotation du disque, rotation expliquée par la nécessité de répartir équitablement le poids du disque sur le dos des quatre éléphants.

Il y a quatre continents principaux sur le disque. Le premier, anonyme, est celui où se déroule la plupart des romans. Il est essentiellement un équivalent à l’Eurasie. Il contient les « plaines de Sto » et les « montagnes du Bélier ». Dans les plaines de Sto se trouvent plusieurs petits royaumes et la plus célèbre cité du disque, Ankh-Morpork, site de l’Université Invisible et décor principal de plusieurs romans.

Les montagnes du Bélier constituent une chaîne de montagnes gigantesque parsemée de micro-royaumes comme celui de Lancre. Überwald, région montagneuse et sauvage qui s’étend entre le Bélier et le Moyeu, est un territoire divisé, sous la coupe de clans de vampires et de loup-garous. La plus importante population de nains du Disque-monde vit dans cette région où siège le Petit Roi.

Le moyeu du disque est occupé par Cori Celesti, un immense pic vertical gris et glacé. À son sommet se trouve Dunmanifestine, le domaine des dieux du disque, qui rappellent ceux des mythologies nordique et l’olympe de la grecque.

Le second continent est le Klatch, il s’apparente à l’Afrique et au monde arabe, et contient quelques éléments inspirés de l’Inde. Le continent Contrepoids est occupé par l’Empire Agatéen, inspiré de la Chine et de sa grande muraille. Et le quatrième continent, XXXX (prononcer « quatrix ») est inspiré de l’Australie.

Le Disque-monde est un univers de Fantasy avec son lot de magie, de dragons et de voleurs. La magie est très présente sur ce monde, provoquant un affaiblissement du tissu de la réalité. L’une des clefs principales de l’œuvre de Terry Pratchett est la satire, empruntant des éléments communs à la plupart des univers d’heroic-fantasy et les poussant suivant une certaine logique jusqu’à l’absurde.

Le faible niveau de réalité du disque est une justification à l’insertion d’éléments provenant d’autres univers : le cinéma dans Les Zinzins d’Olive-Oued, la musique rock, etc. Il permet également aux croyances de se matérialiser : si les habitants du disque croient en quelque chose, c’est que cette chose doit exister. Et les habitants du disque croient en de nombreuses choses :

* les dieux qui régissent la vie des mortels et dont le pouvoir dépend du nombre de fidèles ;
* les personnifications anthropomorphiques. Il suffit qu’un concept soit suffisamment développé et répandu pour que celui-ci soit personnifié par un personnage. La Mort fait partie de ces personnages. (Lire ou relire cet extrait : La Mort, et ce qui Vient Après).

Le nombre 8 a une signification particulière pour le disque. Il y a huit couleurs dans le spectre solaire (la huitième étant l’octarine, couleur de la magie perceptible par les mages), huit jours dans une semaine discale (le huitième étant octedi). À cause d’arrangements astronomiques particuliers, il y a également huit saisons (et 800 jours) dans un an, bien que pour la plupart des habitants du disque, une année c’est quatre saisons, quoi qu’en disent les astronomes. Les jeux de cartes sur le disque-monde possèdent huit « couleurs » : bâtons, épées, coupes, pièces, octogrammes, éléphants, tortues et couronnes. Le plus puissant des livres de sortilèges est l’In-Octavo, qui contient les huit sortilèges fondamentaux. Le 8e fils d’un 8e fils sera un mage, et ci ce dernier a 8 fils, le cadet deviendra un sourcelier (une sorte de mage surpuissant). Il existe enfin un métal, l’Octefer, aux fortes propriétés magiques (le bourdon du Sourcelier dans Sourcellerie en est fait), et un gaz, l’Octigène.

Pour en savoir plus, on peut explorer les liens figurant dans l’article et/ou lire ce dossier de Benjamin Berton pour Fluctuanet.

pour-une-fois-que-terry-pratchett-fait-parler-de-lui,M33315.jpg Avant de conclure, je reproduis un article de Sophie Bourdais pour Télérama sur Sir Terry Pratchett, daté du 9 février dernier :

Terry Pratchett contre le Faucheur

On n’entend pas souvent – pas assez – parler de Sir Terry Pratchett. En tous cas, pas sur les médias français grand public. Ce fut donc une étrange et douloureuse surprise, la semaine dernière, d’entendre et de voir son nom cité à plusieurs reprises par la radio et la presse hexagonales. Un nom associé non pas à l’œuvre la plus savoureuse, brillante et intelligemment délirante qu’on ait connu de mémoire de lectrice de fantasy, mais au débat sur l’euthanasie, qui fait rage en Grande-Bretagne : « L’écrivain britannique, atteint de la maladie d’Alzheimer, a proposé lundi de mettre en place des tribunaux qui auraient le pouvoir d’autoriser les proches de malades incurables à les aider à mettre fin à leurs jours », écrivait notamment 20 Minutes. Depuis lundi dernier, cette dérangeante proposition est passionnément discutée par les médias britanniques, les associations de malades, les parlementaires, les médecins, les autorités ecclésiastiques, etc. Avec un émoi difficile à comprendre, de ce côté-ci du Channel, si l’on ne sait pas ce que représente Terry Pratchett dans le paysage culturel anglo-saxon.

Anobli par la reine fin 2008, Sir Pratchett n’est pas seulement un écrivain célèbre, salué par ses pairs en littérature de l’imaginaire comme par de grands noms de la littérature dite « générale », c’est surtout un créateur d’univers, un Tolkien qui serait entré en collision avec les Monty Python, ou encore une version XXIe siècle de Voltaire et de Jonathan Swift, ces démiurges pamphlétaires qui ne créaient des mondes bizarres que pour mieux critiquer celui qui les abritait. Dans son grand œuvre, Les Annales du Disque-Monde (37 bouquins, traduits en 37 langues, plus de 65 millions d’exemplaires vendus), issu d’un big bang romanesque qui remonte à 1983, Pratchett a commencé par détourner sur le mode comique les archétypes de l’heroic fantasy (épées magiques, sorcières, trolls, dragons) avant de passer à sa moulinette satirico-fantastico-philosophique les petits et grands sujets qui préoccupent l’humanité depuis la nuit des temps : religion, politique, culture, éducation, science (entre autres), tout y est passé.

Miroir à peine déformant de notre vieille Terre, le Disque-Monde est plat, circulaire, et soutenu par quatre éléphants, lesquels sont portés par une tortue stellaire géante. On y croise des mages incompétents, un bibliothécaire orang-outan, un trio de sorcières pseudo-macbethiennes, un super-héros cacochyme… et la Mort, un Faucheur neurasthénique qui S’EXPRIME TOUJOURS EN MAJUSCULES, se perd en conjectures sur les bizarreries du raisonnement humain et est devenu, on ne sait trop comment, l’un des personnages les plus populaires et attachants de la saga.

Farcies de références plus ou moins cryptées (Terry Pratchett est un homme cultivé, voire érudit, mais aussi un sacré farceur), d’aphorismes inoubliables et de théories loufoques, Les Annales du Disque-Monde séduisent un public infiniment plus large que les lecteurs habituels des ouvrages de fantasy, parce qu’elles nourrissent bien plus que nos imaginaires. Elles posent un regard empreint de dérision, d’agacement et (malgré tout) de bienveillance sur nos petites et grandes contradictions. Aucun rebondissement n’y est aussi cruel que celui qui a bouleversé l’existence de leur créateur : cet homme doté d’une telle lucidité sur le monde contemporain, et qui trimballe un univers parallèle en parfait état de marche dans son cerveau, est précisément atteint de LA maladie qui éteindra peu à peu cette lucidité, et fera disparaître cet univers par petits morceaux.

Terry Pratchett a annoncé en décembre 2007 qu’il était atteint d’atrophie corticale postérieure, une forme rare d’Alzheimer. Depuis, il ne fait aucun mystère de l’évolution de maladie, de sa volonté de la combattre (il a fait don d’un million de dollars à un fond de recherche médicale) et a toujours dit qu’il se réservait le droit de mettre fin à ses jours quand il le jugerait bon. Il continue d’écrire des livres, mais dicte ses textes, faute de pouvoir encore les taper et les orthographier correctement, et a de plus en plus de mal à lire et à effectuer des gestes simples, comme enfiler une chemise.

Lundi soir, sur la BBC, invité à prononcer la 34e conférence annuelle en l’honneur du présentateur Richard Dimbleby (cette institution médiatique créée en 1973, qui n’avait encore jamais accueilli d’écrivain, a réalisé la meilleure audience de son histoire avec 2,1 millions de spectateurs), Terry Pratchett a fait un discours qui lui ressemblait, humour noir inclus. Il n’en a prononcé que l’introduction, laissant le comédien Tony Robinson lire le reste et comparer à sa place sa maladie, dans un esprit très Disque-Monde, à « un accident de voiture au ralenti. (…) la radio fonctionne encore, le chauffage aussi, et ça n’a pas l’air si grave que ça, sauf que vous savez que tôt ou tard, vous finirez par passer la tête la première à travers le pare-brise ».

Terry Pratchett a ensuite développé la partie polémique de son discours, expliquant comment et pourquoi il aimerait choisir, pendant qu’il est encore en état de le faire, et faute de perspectives rassurantes sur la découverte prochaine d’un traitement contre sa maladie, le moment où il « serrerait la main de la Mort ». Et précisé sa contribution au débat (virulent) qui partage actuellement les citoyens du Royaume-Uni au sujet de l’euthanasie, en suggérant la création de tribunaux spécialisés : formés de juristes et de médecins, ils prendraient acte de la demande de « mort assistée » effectuée très en amont par un malade incurable en pleine possession de ses moyens, et permettraient que les personnes qui aideraient ledit malade à mettre fin à ses jours ne soient pas poursuivies pour meurtre. Terry Pratchett a terminé en se proposant comme premier candidat pour ce type de tribunal.

Nous résumons grossièrement un texte complexe, subtil et très argumenté (les internautes anglophones en trouveront une version écrite relativement exhaustive ici, et pourrons visionner la totalité de la conférence par fragments sur YouTube), écrit par un homme qui parle d’abord en son nom, et plaide pour un choix personnel éclairé. De fait, si l’intervention de Sir Terry Pratchett continue aujourd’hui de susciter de nombreuses réactions, tant positives que négatives, sur les forums et dans la presse anglo-saxonne, elle semble aussi, et surtout, avoir suscité un supplément d’efforts de compréhension mutuelle entre les différentes parties qui s’affrontent au sujet de l’euthanasie – comme si la notoriété, la compétence intellectuelle et l’épreuve personnellement traversée par ce fin connaisseur des sociétés humaines induisaient l’idée que ses arguments méritaient d’être entendus sans colère, pris au sérieux, soigneusement pesés, et approuvés ou réfutés autrement que de manière épidermique.


Discworld – Colour of Magic Part 1 – MyVideo
Voir tous les épisodes (en anglais) et, peut-être découvrir la réponse à LA question : Quel est le sexe de la tortue ?

Le Tome 1 : La huitième couleur se trouve sur Priceminister à partir de 0,90 €, pas la peine de s’en priver !

Le Disque Monde existe aussi en Jeu de société, Jeu de rôle, Jeu vidéo, Film et Film d’animation.

anti, de toutes les couleurs 😉

Source Wikipédia

8 Replies to “Les annales du Disque Monde”

  1. Anna Galore

    Quelle note géniale ! Et forcément remuante, aussi, lorsqu’on aborde la maladie de Terry Pratchett et le débat qu’il n’est pas le premier à lancer mais qui prend une teneur particulière dans un pays où il est extrêmement populaire.

    L’œuvre intégrale doit être un régal à lire, si j’en juge par l’extrait très drôle sur La Mort que tu indiques.

    A mettre sur ma liste de « pour plus tard » parce que 37 volumes, faut avoir un peu le temps, quand même 🙂

  2. valentine

    Fabuleux Anti! Rien que ta note donne une formidable envie de commander les 37 volumes. Ce type est génial.

    Concernant l’euthanasie, le sujet n’a pas fini de faire couler de l’encre. Personnellement, je pense qu’une société qui se respecte doit accorder le droit de mourir dans la dignité et je soutiens les associations qui militent dans ce sens.

  3. anti

    « A mettre sur ma liste de « pour plus tard » parce que 37 volumes, faut avoir un peu le temps, quand même 🙂 »

    Trop tard, je viens de racheter le tome 1 ;-)))))

    A lire sans modération Valentine ! Tu peux y aller les yeux fermés ! Je me souviens avoir vraiment ri en les lisant surtout les deux premiers et les petits Dieux. En fait, j’y pense, ce sont les 3 que j’ai lu !!! donc, j’ai ri à chaque livre que j’ai lu ! 100 % Trop fort !

    « Personnellement, je pense qu’une société qui se respecte doit accorder le droit de mourir dans la dignité et je soutiens les associations qui militent dans ce sens. »

    Même pas surprise 😉

    anti

  4. ramses

    Ach… Terry Pratchett me tient compagnie depuis « 13 millions de PC zombies »…

    Valentine, je ne suis pas contre l’euthanasie, pour autant que quelqu’un d’autre que moi s’en charge (après que je le lui aie suggéré au creux de l’oreille)…

    L’euthanasie, c’est quelque chose entre le suicide et l’assassinat…

    Disparition du 4ème type (le plus répandu étant quand même la mort naturelle…)

  5. valentine

    ça y est, j’ai acheté la huitième couleur ce matin! A la librairie, je suis tombée sur une jeune nana totalement fan de Terry Pratchett. Heureusement pour nous, c’est un auteur très prolifique: 3 rayons complet de ses ouvrages. Et il faut rende hommage au dessinateur des pages de couverture: Josh Kirby
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Josh_Kirby

  6. Audrey

    Bonjour, je me permets de vous contacter après avoir vu que vous étiez fan des oeuvres de M.Terry Pratchett. J’appartiens à une asso de jeu de rôles grandeur nature et nous allons organiser plusieurs animations inspirées du Disque-Monde, en particulier une « journée-soirée en Uberwald » le 19 mars au château de Saint Quentin Fallavier (c’est à côté de Lyon) et un grandeur nature « sous le règne de Cohen le Barbare » (deux jours) dans l’Isère. J’aurais voulu savoir si vous accepteriez d’en parler autour de vous. Pour en savoir plus, vous pouvez jeter un oeil sur neverlandgn.e-monsite.com. Merci beaucoup et à bientôt, je l’espère !

    Audrey Pauget, membre motivée de Neverland

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