Punition ou sanction ?

punition.jpgUne question qui se pose à moi, certainement du fait de l’éducation que j’ai reçue : une faute non punie risque de se reproduire. Il faut assumer les conséquences négatives de ses actes. Mais c’est quoi punir ? Et, est-ce vraiment la solution à un problème ?

En fait, faire la distinction entre punition et sanction est primordiale.

SANCTIONNER OU PUNIR – Eléments pour une approche systémique et cohérente, un article de Patrick Robo.

Sanctions, punitions… Quelques repères pour un langage commun.

La sanction : C’est une réponse, de type privatif, à une transgression. Elle peut servir de référence éducative dans le sens où elle place l’enfant ou la personne devant sa propre autoresponsabilisation.

La punition : La punition est une sanction majorée par la subjectivité de celui qui la donne. C’est pour cela qu’elle est souvent vécue comme injuste. La punition est une réaction ( souvent émotionnelle) à un comportement perçu comme une transgression ou une faute.

Quelques repères pour un langage commun.

La sanction : C’est une réponse, de type privatif, à une transgression.

Elle peut servir de référence éducative dans le sens où elle place l’enfant ou la personne devant sa propre autoresponsabilisation.

Exemple : C’est bien moi qui choisis de transgresser et donc de courir le risque d’une sanction.

J’espère tirer un avantage ou du plaisir à transgresser, mais il y a un prix à payer à base de privation ou d’interdit, quand ma transgression sera découverte.

Le jeu consistera pour beaucoup d’enfants transgresseurs… à ne pas se faire prendre !

Introduire une dynamique sanctionnante dans une structure ou un collectif suppose 4 conditions :

* L’existence d’une référence : loi-réglement-consensus.
* La connaissance d’une réponse de caractère privatif ou interdictif, adapté à l’importance de la transgression.
* Un garant connu (animateur ou directeur) chargé de rappeler la loi et les conséquences d’une transgression.
* Une transgression volontaire (s’il y a méconnaissance de la loi, cela s’appelle une erreur).

La punition

La punition est une sanction majorée par la subjectivité de celui qui la donne. C’est pour cela qu’elle est souvent vécue comme injuste.

La punition est une réaction (souvent émotionnelle) à un comportement perçu comme une transgression ou une faute.

Souvent la punition sera prise-non pour réparer, mais pour accentuer la culpabilité ou servir d’exemple, ce qui explique qu’une punition est une sanction majorée.(< >)

La punition est prise le plus souvent non en fonction de ce qui s’est passé, mais en fonction du retentissement, de la résonance chez celui qui découvre la transgression.

Sanctionner c’est faire preuve d’autorité en confrontant l’enfant à la réalité qui l’entoure.

Punir c’est faire preuve de pouvoir et de puissance, en plaçant l’enfant dans l’impuissance et la soumission.

Jacques SALOME

loi.jpgTout groupe qui vit, agit, produit… élabore des règles implicites ou explicites.

Ces règles sont amenées à ne pas être respectées soit qu’elles soient transgressées, soit qu’elles soient oubliées, ce qui peut passer inaperçu ou qui peut être constaté, ce qui peut provoquer une gêne ou ne pas en provoquer.

Lorsqu’il y a constat de ce non respect mais aussi gène ou trouble ou danger, que faire, tout particulièrement pour ce qui nous concerne dans le cadre du centre de vacances

A cette question, deux alternatives au moins : Laisser faire, ignorer ou Agir, mais agir pour qui ? Agir pour quoi ?

Pour qui ?

– pour celui qui ne respecte pas la règle (transgression ou omission)
– pour celui, ceux qui sont victimes, gênés, troublés
– pour la (micro) société, centre de vacances, école…
– pour soi en tant que garant des règles, de la loi
– pour soi, éducateur, animateur, directeur…

Pour quoi ?

– pour la sécurité, l’équilibre des individus et du collectif
– pour la crédibilité du dispositif réglementé, légiféré
– pour la réussite de l’action éducative et de la vie collective
– pour l’éducation de celui qui ne respecte pas la Loi
– pour l’éducation de tous les individus constituant le collectif
– pour son narcissisme professionnel et/ou personnel (image de soi)
– pour son (bon) plaisir conscient ou non (pourvoir, toute puissance, voire dimension sadique)

Agir donc, mais comment ?

En fonction de principes et de valeurs

a) respect du droit commun en référence :
– au code civil ;
– à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ;
– au règlement de la structure d’accueil;
– au règlement du centre de vacances.

b) principe d’éducabilité
– éducation et formation du « citoyen enfant » vers le « citoyen adulte »

c) principe de cohérence éducative
– système cohérent (éducation civique – loi d’orientation de 1989)
– attitude cohérente de l’éducateur (exemple et non modèle)

d) principe de cohérence avec la Justice française, notamment la Justice pour les mineurs
– présomption d’innocence
– droit à être défendu
– sanction profitable
– sanction adaptée à la faute et à l’individu (gradation de la sanction)

e) prise en compte du droit à l’erreur dans l’apprentissage de la socialisation ;

f) En fonction de données des Sciences Humaines

a) Psychologie et développement de l’individu (notamment l’approche Piagétienne : quand l’adulte échange son point de vue avec l’enfant, il stimule le développement de son autonomie, quand il utilise récompense et punition il renforce son hétéronomie – conditionnement Pavlovien. PIAGET distingue donc punition et sanction par réciprocité, cette dernière étant directement liée aux actes que l’on veut sanctionner ; elle aide l’enfant à construire par lui-même ses règles de comportement à travers la coordination de points de vue)

– la punition entretient l’individu dans l’hétéronomie ;
– la sanction est éducative car en liaison avec la « faute » ;
– la sanction participe de et à la construction du sens social.

b) Psychologie des groupes et sociologie :

– phénomènes de groupe
– bouc-émissaire et leadership

c) Psychanalyse

– « le besoin de punition » selon Freud pour le propre équilibre du fautif (cf. « le problème économique du masochisme » in Névrose, psychose et perversion, PUF, 1973 😉
– le besoin de connaître les limites, ses limites ;
– la prise en compte de l’interdit et de l’inter – dit en liaison avec l’interdit œdipien et le principe de castration. Valeur symbolique de la Loi et de la sanction.

d) Le socio constructivisme et l’interactionnisme dans la construction de soi, des savoirs ;

e) En effectuant des choix éducatifs et pédagogiques dans un positionnement déontologique en fonction de « modèles éducatifs » :
– constructiviste et interactionniste (et non transmissif, applicationniste) ;
– médiateur, éducateur (et non instructeur) ;
– modèle d’affranchissement (et non charismatique ou directif) ;
– et plus particulièrement pour ce qui est de la sanction, modèle de « l’éducateur qui gère avec les enfants – élèves – écoliers » (et non modèle du « St Louis sous son chêne »)

Volontairement nous nous inscrivons dans une démarche éducative par rapport à la sanction qui associera l’enfant ce qui correspond davantage au modèle d’affranchissement dans une approche socioconstructiviste.
Ce choix conduit bien évidemment à la mise en place de lieux de parole, de régulation, de médiation…

Ce choix conduit également à la mise en place d’un système de sanction éducatif et à vocation humaniste, qui implique :
– un rappel systématique du droit commun dans lequel il s’inscrit ;
– l’élaboration progressive (en fonction d’événements) d’un système évolutif et gradué de sanctions, de différents types de sanctions comme c’est le cas dans le code pénal.

Ce système de sanctions écartera, par principe, la punition de type coercitive et/ou expiatoire, inspirée de la culture judéo-chrétienne.

Mais alors quelles sanctions ?

Rappeler tout d’abord l’étymologie : latin sanctio ; de sancire, établir une loi. Conséquence morale d’un acte, châtiment ou récompense ; peine ou récompense prévues pour assurer l’exécution d’une loi (sanctions pénales). Mesure répressive. – Grand Larousse encyclopédique.

Dans ce cadre nous pourrions envisager, comme sanction :

– l’enregistrement, le constat oral ou écrit d’un non respect de la règle : « je note que… » ; « je te critique parce que… » ;
– l’évocation du non respect d’une règle ou de sa prise en compte : « je te rappelle que… » ; « on a traité en conseil de classe de… » ;
– l’avertissement qui tient compte du droit à l’erreur ;
– la sanction réparation car la faute est liée au faire et non à l’individu ;
– la sanction privation de droits, de liberté, de responsabilité ;
– la sanction « pardonnante » (rédemptrice) : « je (te) présente mes excuses » ;
– la sanction « contractualisante » : « je m’engage à… »

En tout état de cause, la sanction sera :

– avant tout éducative ;
– indépendante du libre arbitre de l’adulte ;
– l’objet d’une discussion – réflexion, d’une négociation ;
– traitée en référence à une règle, une Loi explicites.

Quand on sanctionne, on est dans le registre de la Loi/transgression.

Quand on punit, on est dans le registre de la norme/déviance.

La punition d’un enfant survient souvent comme la nécessité pour un adulte de récupérer narcissiquement son emprise et sa violence sur l’enfant.

La sanction ne s’applique pas « à cause d’un passé » mais en direction « de l’avenir ».

Le coupable est aussi une victime qu’il faut aider.

SANCTIONNER OU PUNIR – Eléments pour une approche systémique et cohérente, un article de Patrick Robo. Pour en savoir plus sur l’auteur, cliquez ici ou encore, là.

Eh ben, y’a du boulot pour intégrer tout ça à tous les niveaux de vie.

anti

photo 1, photo 2

18 Replies to “Punition ou sanction ?”

  1. Catherine

    Outch ! Ben comme tu dis, y’a du boulot pour tout intègrer ! mais comme c’est instructif de te lire et partant de là, réfléchir… Et corriger (ses propres actions) !

    Sanctionner et non punir ? Partant de là, peut-être se laisser un moment « sas » avant l’action sanctionnante afin d’être constructif et non impulsif ?

  2. anti

    « Partant de là, peut-être se laisser un moment « sas » avant l’action sanctionnante afin d’être constructif et non impulsif ? »

    Je ne sais pas. Ça dépend tellement des choses en question… Pour certaines choses, c’est clair, je n’ai aucune envie de sanctionner. Au moins, je ne me voile plus la face. C’est déjà ça de gagné. Cette question, au sens large, pose ensuite les questions des blessures, de nos propres limites aussi et du pardon pourquoi pas.

    Il me reste encore un looooooooooooooooooooooong chemin à parcourir 😉

    anti

  3. valentine

    J’ai accumulé une somme considérable de sanctions et punitions durant toute mon enfance et adolescence. Il paraît que j’avais une tête à me foutre de la gueule du monde, le sourire narquois vissé aux lèvres!!! ça peut vous casser en mille morceaux ce genre de situation.

  4. sapotille

    Le socio constructivisme et l’interactionnisme dans la construction de soi, des savoirs ;

    oulaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa… c’est sorti du générateur??? (je plaisante. lu deux fois, çà se lit;-))

    Bien bien bien cette note. On n’arrête pas de discuter de çà depuis quelques temps avec fiston. C’est ce que j’ai trouvé de mieux pour nous aider à revenir au calme et dialogue après les crises. Au lieu d’appliquer sanction (!) ou quoi que ce soit, je ruse en je créant le débat sur « les règles, etc.. toute lala note »(pas pu m’empêcher ) et tout naturellement le vécu vient s’y inscrire…. çà reste éprouvant, mais çà avance 😉

  5. ramses

    Comme le souligne Sapotille, la discussion permet de mieux faire prendre conscience de la transgression que la sanction ou la punition (dans lesquelles je ne vois pas de différence fondamentale)…

    Anti évoque aussi le pardon, qui me semble essentiel…

    La répression n’empêche pas le passage à l’acte… Au contraire, la violence augmente, alors que les mesures répressives ne cessent de s’aggraver, notamment à l’égard des mineurs.

    La responsabilisation, la prise de conscience, sont importantes aussi…

    En fait, c’est toute la problématique du « vivre ensemble » qui est posée. Très vaste sujet…

  6. anti

    « c’est sorti du générateur ? » Mdrrrr ! Pire !!! De mon cerveau 😉 Le pôôôôvre ! Il risque la surchauffe.

    « C’est toute la problématique du « vivre ensemble » qui est posée. Très vaste sujet… »
    Plus vaste encore, puisqu’ainsi se pose la question de notre capacité à prendre conscience de notre inter-dépendance…

    anti

  7. anti

    Je pensais tout à l’heure que parfois, on souhaite réparation et qu’on en reste bien malheureux, comme un con devant un pont qui aurait été cassé, qui attendrait qu’il soit réparé pour traverser alors, qu’avec le temps, d’autres voies seraient praticables.

    A méditer…

    anti

  8. ramses

    Anti, Chat alors !

    Ca rejoint pile-poil mon commentaire que je viens de poster sur « L’Art de la méditation » !

    Les « ponts cassés » sont faits pour être contournés… tout de suite !

    Concernant l’inter-dépendance, 1+1 fait largement plus que 2…

    (C’est entre 3h et 4h du matin que j’y vois le plus clair… Etonnant, non ?)

  9. anti

    « Ça rejoint pile-poil mon commentaire que je viens de poster sur « L’Art de la méditation » ! »

    Tu veux dire que ton commentaire rejoint le mien plutôt, chronologiquement 😉 C’est intéressant, en le lisant, j’ai d’abord pensé que tu venais de lire celui-là.

    En tout cas, j’aime bien cette image que je continue à méditer. Ça m’aide bien à être un peu moins butée sans trop savoir pourquoi parfois, simplement parce que je reproduis l’éducation que j’ai reçue.

    Y’a du boulot, hein Catherine ! Heureusement, on s’entre-aide les uns les autres.

    anti

  10. saponts et chaussées

    simplement parce que je reproduis l’éducation que j’ai reçue.

    Oui et le pire c’est quand çà buggue alors qu’on ne « reproduit » pas l’éducation reçue on est alors carrément dans une équation à double inconnue..
    Une solution? écopper le fleuve de concert.. c’est pompant, cependant 😉
    Non, je retire: le pire c’est quand on continue à écopper alors que le fleuve est à sec. MDRRRRR

  11. Patrick ROBO

    Bonjour
    je découvre avec étonnement que dans votre texte Sanction ou punition vous avez fait un copier-coller in extenso d’un texte qui se trouve sur mon site…
    je ne peux que m’en réjouir sauf que vous avez « oublié » d’en citer la source, laissant penser que vous êtes l’auteur de cet écrit…
    Je ne vais pas vous punir, mais simplement je vous rappellerai les règles déontologiques liées au copyright.
    Cordialement.

  12. Anna Galore

    Bonjour et merci pour votre message.

    Il y a bien une source indiquée pour cet article dans le corps de la note, c’est le site de l’Arpej (dernière phrase du paragraphe d’introduction). Il n’y a donc eu aucun « oubli » de notre part. Croyez bien que nous portons une attention extrême à tout ce qui concerne les règles du copyright, même s’il peut arriver (mais c’est rarissime) qu’une omission ou une erreur se produise (plus de 7000 notes sont en ligne sur ce blog).

    Cela dit, je viens de vérifier le lien qui figure ci-dessus dans la note et je constate qu’il ne mène plus nulle part. Si vous êtes effectivement l’auteur de cet article, il est bien entendu tout à fait normal de vous le créditer. Pouvez-vous nous indiquer le nouveau lien valide afin que nous le mettions à la place de celui qui est erroné ?

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