Blog « Enfants des rues »

Nouvelle découverte du jour dans les blogs voisins, nouveau coup de coeur:

http://enfantsdesrues.blogs-de-voyage.fr/

Voici trois extraits que je trouve remarquables d’humanité, de beauté et de force.

Elle porte…

Elle porte tout l’amour du monde.
Ses yeux brillent lorsqu’elle le regarde, lui, le fils unique, celui pour lequel elle donne sa vie. Celui qui est son unique raison d’avancer, de se lever chaque matin et d’ouvrir ses yeux. D’une écriture tremblante elle appose son nom sur un certificat de réussite que lui présente son fils.
La fierté immense d’une mère envers son fils, le lien qui les unit, fort, indéfectible, unique et humain, terriblement humain. J’ai envie de crier, de prendre contact, d’exister pour eux, d’être à leurs cotés. Je ne les rencontrerai sans doute jamais…Je ne connais même pas leur nom. Ils sont une image reflétée et je suis loin, trop loin d’eux, dans un autre pays. Mais au fond de moi, je sais que nos espoirs et nos rêves se croiseront un jour. Ils se connaissent déjà peut être, échos improbables de nos vies éphémères.
C’est une envie de réussir, une force incommensurable qui agitent les nuits du fils.
Dans un murmure, elle glisse ses espoirs face au monde qui écoute à peine la force voilée de cette voix. Le fils, à ses cotés, timide, laisse échapper quelques mots : « pour toi » « pour nous ». Il sait que l’espoir existe et il s’y accroche telle une plume sur le dos d’un oiseau. Elle peut s’envoler à chaque instant et perdre la chance de suivre la route de l’oiseau, dérivant à l’infini dans l’obscurité, mais elle s’accroche, elle ne faiblit pas. La plume, frêle et légère, danse en acrobate sur les ailes du temps et le fils, dans les yeux de sa mère, danse, entouré d’un amour bienveillant.

Elle attend.

La vieille dame attend. Elle semble flotter a quelques centimètres du sol, poids léger qu’un soupçon d’ennui pourrait soulever telle une plume égarée.
Elle attend. Elle regarde devant elle, mais son regard est si loin. Ses yeux ne me voient pas, je n’existe pas pour eux. Je n’ai ni raison ni espérance, et je brûle de croiser l’espace d’un instant le champs infini de ces yeux solitaires. Oublier le temps, telle est la force et la contrainte d’une vie passée a retrouver les raisons d’un échec.
Tant de vies croisées. Des vies qui s’entrechoquent, qui s’alimentent et se délitent dans un espace clos qui ne laisse a l’imprévu que l’absence de tout soupçon.
Ecrire une nouvelle page de notre histoire, chaque jour recommencer, suivre le rythme des astres, appeler a l’aide et renaître un jour d’un goût d’inachevé. Vivre les odeurs et les palpitations qui s’agitent a cent a l’heure dans l’ombre asphyxiante des camions.
Le visage creusé, les yeux qui se perdent dans des profondeurs de vieillesse, l’asphalte qui dégouline a ses pieds qui, telles deux petits radeaux de fortune, sillonnent en oblique un trottoir démesuré. Fixer l’absence, retenir d’un souffle le temps qu’on voudrait éternel, ce n’est finalement que le geste éperdu de l’amant de la vie, celui qui croise volontaire les échos amoureux de la beauté du monde.
Je la retrouverai peut être un jour cette vieille dame, ici ou ailleurs. Et je sais qu’elle sera la, belle et forte dans sa fragilité de jade, penseuse et témoin de nos agitations dérisoires…Peut-etre pourra-t-on enfin se parler, autrement que par un regard furtif. Echanger quelques mots, dire l’incompréhension et les différences, les doutes et les espérances. Nous serons un dans la multitude, indivisible force qui résiste encore et sans fin aux assaut de la mort.

Tibet

Je suis tibétain, je suis chinois
Je suis français et africain
Je suis les peuples qu’on opprime, je suis les dictatures
Je suis l’oubli des cultures, je suis le rayonnement antique
Je suis les politiques, je suis les utopistes
Je suis les civilisations disparues, je suis les nouvelles Babylone
Je suis les enfants soldats, je suis les bras des volontaires
Je suis l’orgueilleuse Amérique, je suis l’Inuit dans le froid
Je suis le roi déchu, je suis l’incorruptible hors la loi
Je suis tout cela a la fois et je ne suis rien
Une poussière, un grain de sable, un souffle qui s’égare
Aveugle de croire en ma puissance, je glisse dans l’ombre de mon orgueil

Sur le toit du monde, je me bats pour ne pas mourir
Ma voix existe encore, elle porte au delà des montagnes d’indifférences
Les enjeux politiques et financiers ne sont que fumée dans mes temples millénaires
Je suis le dernier rempart face a la laideur du monde, je suis obscur objet d’une dévotion inépuisable. Si je disparais, je t’emporte avec moi dans la calme profond de mes lacs d’argent.
Je suis la force, je suis la foi, je suis le silence, je suis le murmure derrière toi.

Je suis tibétain, je suis chinois.

http://enfantsdesrues.blogs-de-voyage.fr/

5 Replies to “Blog « Enfants des rues »”

  1. anti Post author

    BLONK ! C’que c’est beau ! Vivement que tu rentres à la maison Anna, qu’on puisse regarder aussi les photos (moi, là, j’vais vraiment pas pouvoir… ç’pas possible !).

    Dites donc, depuis juin 2005 qu’il existe ce blog, on va en avoir encore des p’tits bonheurs de lectures. Yes !

    anti

  2. julien Post author

    Merci Anna pour votre amicale mise en lumière de mes modestes textes…

    Je découvre votre blog et vos écrits avec curiosité et gourmandise…laissant ma plume se nourrir de votre belle énergie.

    Julien

  3. Anna Galore Post author

    Oui, une splendeur, une de plus. Décidément, un endroit où aller tous les jours…

    Je viens d’ailleurs de modifier le lien qui apparait dans ma note pour qu’il conduise directement à sa page d’accueil.

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